Savoir-faire & Patrimoine

Salernes et ses tomettes : l’art de la terre cuite en Provence Verte

Salernes et ses tomettes : l’art de la terre cuite en Provence Verte

Il y a des lieux où l’on vient chercher la pierre. D’autres, la lumière. À Salernes, on vient pour l’argile. Plus précisément pour cette terre rouge, ferrugineuse, qui dort depuis des millénaires sous les collines du Haut-Var et qui, entre les mains des artisans, devient sol, mur, mémoire.

Salernes n’est pas un musée à ciel ouvert. C’est un atelier vivant. Un village où la terre dicte encore le rythme des jours.


Une géologie devenue destin

Tout commence par un trésor géologique : une argile d’une qualité exceptionnelle. Si l’activité potière y remonte à la nuit des temps, c’est au début des années 1830 que le destin de Salernes bascule. Les fabricants se spécialisent dans un mono-produit devenu culte : le malon hexagonal, la fameuse tomette.

Dès 1850, c’est l’âge d’or. Le petit hexagone rouge devient l’emblème d’un art de vivre méditerranéen. Il pare les bastides, les mas et les hôtels particuliers, s’exportant de Toulon jusqu’en Amérique. Il est pensé pour s’emboîter sans joint apparent, créant ces sols lisses, frais et silencieux que nous aimons tant.

Après un déclin au milieu du XXe siècle face à l’arrivée du ciment et du linoléum, Salernes a su renaître. Porté par des projets visionnaires comme celui de l’architecte François Spoerry à Port Grimaud dans les années 70, le savoir-faire a évolué. L’émail et le décor sont entrés dans la danse, transformant le carreau utilitaire en objet esthétique. Aujourd’hui, le nom de Salernes résonne à nouveau comme une promesse d’excellence.


Le geste, l’argile et le feu

Entrer dans un atelier de Salernes, c’est assister à une chorégraphie lente et précise. L’argile, extraite des carrières environnantes, est nettoyée, broyée, puis mélangée à l’eau. Chaque artisan garde jalousement sa recette, ajustant l’hydratation pour obtenir le grain parfait.

Vient ensuite le moulage, souvent manuel, suivi d’un séchage de plusieurs semaines. C’est une phase critique : trop rapide, la pièce se fissure ; trop lent, elle se déforme. Enfin, c’est l’épreuve du feu. Dans des fours chauffés à près de 1000°C, la cuisson dure plusieurs jours. C’est là que la terre acquiert sa couleur rouge-orangé caractéristique, cette teinte chaude qui capte la lumière et donne aux intérieurs provençaux leur éclat si particulier.

Ce savoir-faire est un patrimoine vivant. Il ne s’agit pas seulement de répéter des gestes, mais de lire la matière.


Une vue sur le jardin : Salernes, Var, Provence
Une vue sur le jardin : Salernes, Var, Provence – ©Photo : Spencer Means – CC BY-SA 2.0 (Wikimedia Commons)

Un village-atelier et son écrin

Se promener dans Salernes, c’est découvrir au détour d’une ruelle l’atelier d’un céramiste ou d’un carreleur. La plupart ouvrent leurs portes avec générosité, permettant d’observer le travail en cours et de repartir, parfois, avec une pièce encore tiède.

Pour saisir l’ampleur de cette histoire, une visite au Musée Terra Rossa est indispensable. Installé dans une ancienne fabrique de carrelages réhabilitée par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, le lieu est une réussite architecturale qui met en scène les « étranges machines » du passé et une collection de plus de 2 000 carreaux décorés, du Moyen Âge à nos jours.

Tomettes première génération à Salerne (VAR)
©Photo : Lantus – CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Ce que la tomette nous enseigne

Chez Beaumas, nous cherchons dans les maisons que nous visitons cette empreinte discrète de la tomette. Non pas comme un cliché, mais comme une leçon d’architecture et d’humilité.

La tomette nous rappelle que le luxe véritable n’est pas dans l’ostentation, mais dans la justesse. Qu’un sol peut être à la fois noble et humble. Qu’elle soit hexagonale ou carrée, elle nous enseigne l’inertie thermique qui, en plein été, transforme une pièce en refuge de fraîcheur.Et surtout, elle nous parle de durée. Appréciée pour sa robustesse, une tomette bien posée traverse les générations. Elle se patine, se charge d’histoires, devient mémoire. À Salernes, la terre rouge nous dit que la main de l’artisan est irremplaçable, et que le plus bel héritage est parfois celui que l’on laisse sous nos pieds.

Musée Terra Rossa

Quartier les Launes, 83690 Salernes
Conseil : Les ateliers d’artisans sont ouverts toute l’année, mais il est conseillé de consulter les horaires du musée Terra Rossa directement sur son site avant toute visite.

Pour découvrir les ateliers de Salernes, nous vous invitons à flâner dans le village et à pousser les portes des céramistes.

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